Déménager, c'est toujours une épreuve même si l'événement est prévu de longue date. En effet, un locataire donne son préavis de congé trois mois avant son départ et un propriétaire lui notifie six mois auparavant. Dans le cas d'un achat ou d'une vente, il faut tabler sur deux bons mois entre la signature de la promesse de vente et celle de l'acte authentique. Malgré tout, au fur et à mesure que la date se rapproche, la tension monte. Cartons de livres et de vaisselles entassés, vêtements empilés et chiffonnés, meubles démontés, cadres déposés...un vrai champ de bataille dans le logement quitté et qui va se reproduire dans le logement dans lequel on va arriver. Pour minimiser l'épreuve, il faut l'organiser minutieusement et encore davantage si le déménagement se fait sans l'intervention d'un professionnel.
Déménager entre amis
C'est la solution la moins onéreuse puisqu'elle se résume le plus souvent à la location d'un camion. Il faut donc seulement réserver le camion quelques jours à l'avance en évaluant bien le nombre de m3 pour éviter trop d'allées et venues entre les deux domiciles. Attention, l'assurance contractée avec la location d'un véhicule ne couvre que les dégâts occasionnés à celui-ci et non aux objets transportés. Pour plus de sécurité, mieux vaut donc contacter son assureur. Mais c'est aussi la solution la plus fatigante. Il faut tout emballer, tout démonter et tout remonter, tout mettre en place. Après une ou deux journées de transports de cartons et de meubles, l'équipe bénévole est fourbue et l'installation provisoire risque de perdurer un moment. Un conseil : étaler, dans la mesure du possible, le déménagement sur plusieurs jours afin de mettre un maximum d'éléments en place.
Confier ses biens à une société spécialisée
Cette formule a son prix mais elle évite bien des désagréments et des angoisses. La première étape consiste à contacter plusieurs entreprises de déménagement un bon mois avant la date prévue parfois plus en été ou en période de vacances scolaires. Et pour éviter de tomber sur des professionnels peu scrupuleux dénichés sur Internet ou dans les pages jaunes de l'annuaire, mieux vaut contacter la chambre syndicale qui regroupe 800 adhérents s'engageant au respect de la réglementation, à une solution amiable en cas de litiges. Et pour une sécurité maximale, sélectionner une entreprise dotée, en plus, du label NF-Service : sur 1200 entreprises que compte la profession, le quart a obtenu cette certification garantissant la qualité, la fiabilité et le sérieux du service fourni. Seconde étape, faire établir plusieurs devis. Le devis est obligatoire et gratuit. Il est fortement déconseillé de le faire établir par téléphone ou par courrier. C'est en étant sur place que le déménageur peut évaluer sa prestation : repérage du mobilier qui présente des difficultés de déplacement et de démontage, accessibilité du logement, de la cave ou du grenier (fenêtres, escaliers, ascenseur) et de l'immeuble (possibilité ou non de stationnement), recours au monte-charge pour des meubles qui ne passent ni dans l'ascenseur ni dans l'escalier... De même il est important de lui fournir des indications sur le futur logement : accès de l'immeuble et de l'appartement. Un piano sorti facilement du premier logement mais ne « passant pas » par l'escalier du second, une rue piétonne au stationnement interdit... et le montant de la facture s'alourdit.
Un service à la carte
Trois catégories de devis sont proposés. La classe « luxe » pour laquelle l'entreprise se charge de tout : démontage, emballage, transport, déchargement, déballage et mise en place des meubles remontés. La classe « standard » où le client emballe les objets non fragiles, les livres, les vêtements dans des cartons fournis par l'entreprise, celle-ci assurant le démontage des meubles, l'emballage des objets fragiles, le transport, le remontage et la mise en place des meubles. Enfin, le contrat « économique » laissant à l'entreprise la charge, le transport et la décharge. Quelle que soit la prestation demandée, le devis doit contenir la description des services, les dates d'exécution, le volume et la valeur des objets et du mobilier à déménager, la distance kilométrique, le prix proposé, les modalités de paiement et les conditions générales de vente ainsi que des prestations annexes : recours au monte-meubles, pose et dépose d'une cuisine aménagée, branchements électriques, débarras... Les prix étant librement fixés, les factures peuvent, pour la même catégorie, varier du simple au triple. Le poste de main-d'œuvre est celui qui coûte le plus cher, nécessitant un personnel qualifié. Le kilométrage entre aussi en ligne de compte : un déplacement Paris-Nogent-sur-Marne ne sera pas tarifé au même prix qu'un Amiens-Marseille ou qu'un Bordeaux-Londres. Intervient également la période de l'année : en pleine saison, de juin à septembre, les prix peuvent augmenter de 30%. D'autres facteurs occasionnent des suppléments de prix comme le transport d'un piano ou de gros meubles impliquant davantage de main-d'œuvre, les emballages spéciaux des objets précieux, les conteneurs pour l'international, l'utilisation d'un monte-meubles... Enfin, il faut savoir que tout contrat signé doit comporter le devis approuvé, la déclaration de valeur des biens et la « lettre de voiture » signée par les deux parties. Il ne reste plus alors qu'à verser des arrhes, attendre le jour J et payer le solde à la livraison.
Assurances indispensables
L'évaluation des biens transportés est un des points clés du contrat. En cas de dommages, c'est sur la base des valeurs déclarées que le client sera indemnisé. Inutile donc de minimiser la valeur des biens à déménager. Cette déclaration se fait par écrit, sur un imprimé type et figure sur le devis. Elle comprend la valeur globale de tout ce qui est transporté ainsi que la valeur de chaque objet dépassant un certain montant. Les objets, meubles ou peintures de grande valeur doivent être listés à part et il est vivement conseillé alors de souscrire une assurance complémentaire. Vis-à-vis du client, l'entreprise est responsable des meubles et objets qui lui ont été confiés, sauf cas de force majeure, vice caché de la chose ou faute du client. Par force majeure, il faut entendre par exemple, un accident sur la route pour lequel le chauffeur n'est pas responsable, un braquage ou une agression, le camion foudroyé ou des catastrophes comme celle du tunnel du Mont-Blanc qui n'incombe pas au transporteur. Hormis ces cas qui peuvent néanmoins s'assurer par le biais d'une assurance complémentaire, l'assurance dommages souscrite auprès du déménageur, la responsabilité contractuelle du transporteur joue sans que le client ait à prouver la faute de l'entreprise. Lors de la réception du déménagement, il est d'ailleurs signé un état des lieux contradictoires. Si réserves il y a pour des verres ébréchés, un pied de lampe cassé, une corniche d'armoire rayée, un marbre fendu, des livres écornés... tout comme des objets manquants, ces réserves doivent être consignées de façon précise, soit en présence du chef d'équipe lors de la déclaration de fin de travail, soit dans les trois jours suivant réception du déménagement. A défaut de confirmer les réserves par lettre recommandée dans ce délai, le client ne peut plus se retourner contre l'entreprise. L'indemnisation s'effectue en fonction du préjudice matériel dans la limite des valeurs déclarées dans le devis. Ainsi un dommage causé à un meuble telle une rayure, une encoche, une serrure ou un pied cassé, l'indemnisation se fait sur la valeur du devis de réparation. Si la détérioration est trop grave, assiettes de collection ou service en porcelaine de Sèvres ou de Limoges en mille morceaux, toiles déchirées, home cinéma abîmé, enceintes écornées... l'indemnité est calculée sur la valeur du bien donné au devis. En cas de litige qui ne se résoudrait pas à l'amiable, le client dispose d'une année, à partir de la livraison, pour aller devant les tribunaux. Ce qui est relativement court pour disposer des rapports d'expertises et d'assurances.
Elisabeth Lelogeais
SeLoger.com - Avril 2006