"C' qu'il est blême, mon HLM !", chantait Renaud. Ces derniers temps, le "'blème "dans le logement social s'appellerait "Che" : Chevènement. L'ancien ministre se défend.
"Putain !, c' qu'il est blême, mon HLM. (...)
Au premier, dans mon HLM, y a l' jeune cadre dynamique, costard en alpaga, c'ui qu'a payé vingt briques son deux pièces plus loggia.
Il en a chié vingt ans pour en arriver là, maintenant il est content mais y parle de s' casser.
Toute façon, y peut pas, y lui reste à payer le lave-vaisselle, la télé et la sciure pour ses chats,
parc' que naturellement c' bon contribuable centriste, il aime pas les enfants, c'est vous dire s'il est triste !
Au deuxième, dans mon HLM, y'a une bande d'allumés qui vivent à six ou huit dans soixante mètres carrés.Y a tout l' temps d' la musique. Des anciens d' 68 : y'en a un qu'est chômeur, y'en a un qu'est instit', y'en a une, c'est ma sœur. Y vivent comme ça, relax, y a des mat'las par terre, les voisins sont furax, y font un boucan d'enfer, y payent jamais leur loyer. Quand les huissiers déboulent y écrivent à Libé, c'est vous dire s'ils sont cools !
Au troisième, dans mon HLM, y a l'espèce de connasse, celle qui bosse dans la pub', l'hiver à Avoriaz, le mois d' juillet au Club.
Comme toutes les décolorées, elle a sa Mini-Cooper, elle allume tout l' quartier, quand elle sort son cocker. Aux manifs de gonzesses, elle est au premier rang, mais elle veut pas d'enfants parce que ça fait vieillir.
Ça ramollit les fesses, et p'i ça fout des rides, elle l'a lu dans L'Express, c'est vous dire si elle lit !
Au quatrième, dans mon HLM, y a celui qu' les voisins appellent "le communiste", même qu' ça lui plaît pas bien. Y dit qu'il est trotskiste ! J'ai jamais bien pigé la différence profonde. Y pourrait m'expliquer mais ça prendrait des plombes. Depuis sa pétition, y a trois ans pour l' Chili, tout l'immeuble le soupçonne à chaque nouveau graffiti. N'empêche que "Mort aux cons !", dans la cage d'escalier, c'est moi qui l'ai marqué. C'est vous dire si j'ai raison !"
Dans Libé, l'Express, et les médias en général, y'a un autre 'blème, avec un autre voisin : Jean-Pierre Chevènement. Selon Pierre Aidenbaum, président de la régie immobilière de la ville de Paris ( RIVP) et maire PS du 3e arrondissement, l'ancien minisitre occupe depuis 1983 un appartement de 120 m² dans le très beau quartier du Panthéon à Paris pour un loyer de 1 519 euros, sans les charges,
alors qu'un même appartement dans le privé lui coûterait dans cet arrondissement prisé 3 324 euros, d'après l'observatoire des loyers Clameur pour qui le prix moyen du m² à la location dans le Ve arrondissement atteint 27,7 euros (cependant M. Chevènement n'est pas un nouvel occupant).
Malgré les pressions, le "Che", qui a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2012, ne compte pas quitter son logement qu'il occupe depuis 28 ans rue Descartes, dans le 5e arrondissement de Paris. Il explique que sa situation est parfaitement légale et qu'il paie le loyer que le bailleur lui demande : "M. Aidenbaum et sans doute quelques commanditaires relancent une campagne de rumeurs infondées destinées à me salir et à me faire taire." "Je n'habite pas un appartement HLM, j'habite un logement à loyer libre catégorie ILM (immeuble à loyer normal).
Le bailleur m'a proposé il y a un an un relèvement de 40 % que j'ai accepté".
Le sénateur (Mouvement Républicain et Citoyen) du Territoire de Belfort ajoute : "J'acquitte un loyer qui va atteindre dans trois ans 1 950 euros par mois, sans les charges, et mon indemnité parlementaire s'élève à 5 700 euros, c'est-à-dire que j'acquitte un peu plus du quart de mon indemnité parlementaire" (mais L'Express indique que Jean-Pierre Chevènement "touche aussi, notamment, une retraite d'ancien ministre.")
Sur son blog, Jean-Pierre Chevènement écrit : 'M. Aidenbaum, maire PS du 3ème arrondissement de Paris et président de la RIVP dont je suis locataire depuis 1983, ne recule pas devant la relance d’une campagne de boules puantes, d’ailleurs passablement éventées. Il distille des insinuations mensongères dans la presse (L’Express, le Figaro) pour chercher à entacher ma réputation d’intégrité. Selon lui, j’occuperais un "logement social". Il joue sur les mots. J’occupe un logement à loyer libre dont le bailleur, c'est-à-dire lui-même, fixe le loyer. Je ne connais pas la famille modeste qui accepterait d’acquitter un loyer mensuel de 1541 € sans les charges, et qui sera porté à 1946 € dans 3 ans.
Pour autant, ce logement n’a rien de luxueux comme l’avance l’Agence Reuters : il s’agit d’un ILN (Immeuble à Loyer Normal, au 3ème étage sans ascenseur). M. Aidenbaum feint de s’offusquer de l’écart entre le loyer d’un appartement que j’occupe depuis 28 ans et celui que devrait supporter un primo accédant, indexé sur une spéculation qui, à Paris, est galopante. Si tous les locataires parisiens devaient acquitter le prix de la spéculation, baptisé par M. Aidenbaum "prix du marché", la révolte serait générale. Ma situation est parfaitement légale, comme elle l’a d’ailleurs toujours été."
En janvier 2008, dans une interview accordée au Parisien, Jean-Pierre Chevènement se défendait déjà en décrivant son appartement : "un cinq-pièces au troisième étage sans ascenseur, qui dépasse de peu 100 m², où l'on accède par un escalier de service. La salle de bains ne fait que 4,50 m²".
Pierre Aidenbaum indique pour sa part avoir fait, dès son arrivée à la tête de la RIVP, en septembre 2009, un courrier à Jean-Pierre Chevènement dans le cadre de l'opération "transparence" lancée par la mairie de Paris, visant à encourager "députés, sénateurs ou membres du gouvernement" à évacuer le parc social de la ville pour aller se loger dans le privé.
"Je lui demandais, compte tenu des fonctions qu'il a exercées et qu'il exerçait, de trouver une solution à son problème de logement. Il n'a pas à être dans du logement social de la ville de Paris". Pierre Aidenbaum insiste sur le fait que Jean-Pierre Chevènement "dispose largement des rémunérations qui lui permettraient de se loger ailleurs dans Paris, et de laisser cet appartement à une famille à revenus modestes".
Le responsable socialiste a rappelé qu'il y a trois catégories dans le logement social :
- le logement dit très social "qui est à 6 euros du mètre carré",
- le logement social "intermédiaire qui est à environ 9 euros du mètre carré" et
- le logement PLI à "environ 16 euros du mètre carré".
Mais, le site de la Mairie du 18e arrondissement indique : "Les logements de catégorie PLI ne sont pas des logements sociaux, car ils ne sont pas conventionnés à l'APL. Ils sont destinés aux classes moyennes, dont les revenus sont supérieurs à ceux du PLS. Les plafonds de ressources pour cette catégorie sont d'environ : 4 000 € par mois pour une personne seule. 8 700 € pour un couple avec 2 enfants. Le loyer de base des logements PLI créés à partir de 2007 varie de 16,81 €/m² à 21,02€/m² hors-charges."
PLAFONDS DE RESSOURCES APPLICABLES À COMPTER DU 1er JANVIER 2011

(3) Prêts locatifs intermédiaires : 180% des plafonds PLUS "Île-de-France hors Paris et communes limitrophes" mentionnés à l'annexe de l'arrêté du 29 juillet 2004
En juillet 2010, un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) jugeait que "le taux de rotation structurellement faible à Paris" est en partie dû à des occupants "aisés" que
"le coût des logements sur le marché privé" incite "à ne pas quitter leur logement social",
laissant des demandeurs plus modestes chercher un logement dans le privé (chaque année, la ville de Paris reçoit 120 000 demandes pour un appartement à loyer modéré, dont seulement 10 % obtiennent une réponse favorable).
Suite à ce rapport, Pierre Aidenbaum avait indiqué au Parisien avoir envoyé un courrier de relance à M. Chevènement pour lui demander de quitter son logement "par souci d'exemplarité". La RIVP n'a "aucun moyen juridique pour exiger le départ" de M. Chevènement,
l'ancien ministre de l'intérieur et sénateur socialiste ne se trouvant pas dans une situation illégale, et son âge (M. Chevènement a plus de 70 ans) empêchant l'organisme de lui donner congé au moment du renouvellement du bail, en 2013. Pour M. Aidenbaum, "ce n'est pas une question de légalité", mais "une question de justice sociale."
L'Express publie deux lettres, une de M. Chevènement et une de M. Aidenbaum, pour ceux qui voudraient arbitrer, ou simplement se faire une idée.
Jean-Pierre Chevènement n'est pas la seule personnalité politique à vouloir conserver son logement de la ville de Paris. C'est aussi le cas de la députée PS Delphine Batho, de l'ex-secrétaire d'Etat Fadela Amara ou du député UMP Alain Cousin.
Articles associés :
- Logements sociaux réservés à ceux qui travaillent : proposition de Laurent Wauquiez et réactions
- 3 m², 29 000 euros : la vente qui buzze
Sources : AFP, l'Express, Mairie du 18e, Le Parisien