Le Sdrif ou schéma directeur, outil de planification et d'organisation de l'espace régional, propose une vision stratégique à long terme pour préparer dès aujourd'hui l'Île-de-France de 2030. Vincent Fouchier, directeur général adjoint de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'IDF, explique à l'AFP : "Le Sdrif est l'outil qui prépare les évolutions de la région en matière de consommation d'espace : comment va-t-on répartir les futurs logements, les emplois, les équipements et tout cela en cohérence, notamment avec les projets de transports". Lundi, près de 700 élus, urbanistes, représentants des chambres d'agriculture, d'artisanat, associations, ont planché sur la révision du schéma directeur de la première région de France, l'IDF (30% du PIB national).
Si ce document cadre était prêt en 2008, la loi sur le Grand Paris de 2010 a nécessité son adaptation, notamment pour y intégrer les 200 kilomètres de métro automatique (le "super-métro") et ses 70 gares, et l'objectif de créer 70 000 logements par an. "Les défis de 2008 s'amplifient : c'est la question cruciale du logement, préoccupation n°1, la disparition des terres agricoles et l'étalement urbain", relève Alain Amédro, vice-président de la région, en charge de l'aménagement du territoire.
Dans cette petite mais très dense région Île-de-France (12.000 km², soit environ 2% du territoire national, avec 12 millions d'habitants),
la gestion du foncier est un casse-tête. M. Amédro estime que l' "on va avoir une compétition entre le logement et l'activité économique".
L'Etablissement public foncier d'IDF, qui regroupe 5 des 8 départements franciliens depuis 2005, achète des terrains pour tenter de modérer les prix. Gilles Bouvelot, son directeur général, déclare : "Nous avons acheté des entrepôts à Saint-Denis-Pleyel (future grosse connexion de transports) où il y a déjà des mouvements spéculatifs". L'Etablissement public foncier d'Île-de-France vient aussi en renfort de collectivités qui ne pourraient pas, seules, valoriser des terrains comme d'anciennes friches industrielles, encore nombreuses dans la petite couronne où le besoin de logements est criant. Mais la région a besoin que "l'Etat mène une politique offensive" en la matière, car les objectifs de constructions ne sont jamais atteints. Une autorité organisatrice du logement au niveau régional, comme il en existe pour les transports, est ainsi réclamée. Les Franciliens, d'après le baromètre de l'institut Viavoice ("Se loger en Île-de-France : une difficulté majeure, notamment pour les jeunes"), se révèlent justement favorables à "la création d’une autorité régionale unique réunissant tous les partenaires publics, associatifs et privés pour coordonner leur action et mettre en commun leurs moyens d’intervention."
L'institut Viavoice, rue Huysmans, cite Joris-Karl Huysmans : "La réalité ne pardonne pas qu’on la méprise." La réalité, Vincent Fouchier ne la méprise pas. Il l'observe et la déplore :
"des prix qui montent, du mal logement, un parc dégradé, des actifs qui s'éloignent des cœurs d'agglomération, bref des dégradations en chaîne".
L'une des idées phares est de "densifier" la ville existante. M. Amédro déclare : "Quand on dit ça, on vous regarde de travers... Mais si cela s'accompagne d'un médecin, d'un commerce, d'une salle de sport, ça passe mieux". Selon lui, "cette ville dense ne se fera qu'à condition d'avoir des espaces de respiration[, verts] : des toits végétalisés, des jardins collectifs, des espaces de passage réaménagés.
Ce que les jeunes expriment, c'est remettre de la nature dans la ville".
Ce processus de densification doit aussi concerner les zones d'activités économiques, car il faut stopper, surtout en grande couronne, le "grignotage" d'espaces agricoles passé de 300 ha par an en 2004 à 1 300 ha actuellement. Pour M. Amédro, il s'agit de répondre en partie au "défi alimentaire" : non pas de nourrir la population francilienne avec salades, asperges et radis cultivés, mais au moins d'aider au maraîchage de proximité, la production légumière permettant de réduire les circuits dans une démarche écologique, la révolution des transports ayant permis de s’approvisionner en alimentation dans un périmètre allant toujours croissant.
Eric Charmes, maître de conférences à l’Institut français d’urbanisme, souligne aussi que "cette idée suscite des réactions négatives dans le public". Selon lui, les citoyens ont sans doute une vision erronée de la densité d’un quartier. "Contrairement aux idées reçues, les tours d’habitation des "grands ensembles" de banlieue, entourées de vastes espaces non bâtis, ne sont pas plus denses que le centre d’un village. Et ces deux types d’habitat sont quatre fois moins denses qu’un bloc d’immeubles haussmanniens du centre de Paris" ! Eric Charmes poursuit : "Notre capitale fait d’ailleurs partie des villes les plus denses du monde." "À part quelques métropoles du Sud, en Inde ou en Chine, seule New York peut rivaliser avec elle." "La densité n’est donc pas synonyme de détresse sociale". "À Paris, ceux qui en ont les moyens payent cher le droit d’habiter dans un environnement très dense. C’est l’attraction exercée par le centre-ville, où il y a des services, des équipements culturels, des transports en commun… qui explique que sa densité soit acceptée, voire recherchée. Évidemment, les citadins n’ont pas envie de promiscuité si le contexte n’est pas attirant !"
Contre l’étalement des villes qui dévore les zones naturelles et les terres agricoles, contre le développement de l’habitat individuel gros consommateur d’espace, contre l’augmentation de la circulation automobile qui en résulte, un seul remède : densifier la ville ? La densité ne fait effectivement pas l'unanimité : des réserves ont été émises quant aux vertus de la densité urbaine sur l’environnement. Jean-Pierre Orfeuil, professeur à l’institut d’urbanisme de la ville de Paris, pointe ainsi "l’effet barbecue", ou "mobilité de compensation", qui pousse les habitants à quitter les centres-villes lorsque arrive le week-end. "À revenus égaux, ils auraient plus tendance que ceux de la périphérie à partir loin, en utilisant des modes de transport gourmands en énergie, comme l’avion." Une étude norvégienne suggère d’ailleurs qu’un habitat intermédiaire, du type "pavillonnaire dense", serait le meilleur compromis. La filière BIMBY (Build in My Back Yard) vise justement à stopper l'étalement urbain en produisant du foncier à partir de terrains déjà bâtis : "Les quartiers pavillonnaires recèlent un gisement foncier exceptionnel. Bon nombre de[s] habitants (...) seraient prêts à détacher un bout de leur terrain pour en faire un terrain à bâtir."
Vidéo explicative de Bimby, densification urbaine par la maison individuelle
Charles Castel, du Centre d'études sur les réseaux, les transports et I'urbanisme (Certu), déclarait concernant la densification des centres-villes : "Si vous doublez le nombre de mètres carrés constructibles sur un terrain, vous quadruplez son prix".
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Sources : AFP, portail du conseil régional, Portail du gouvernement, CNRS : La ville-nature (Idées reçues sur la densité), Vimeo