Intouchables vient de franchir la barre des dix millions d'entrées en salle. L'hôtel particulier de Philippe Pozzo di Borgo n'est pas un logement social. Mais l'ancien patron de Pommery devenu tétraplégique depuis un accident de parapente a accepté la transposition sur grand écran de son duo avec Abdel, le caïd auxiliaire de vie, à condition que 5 centimes par place soient reversés à l'association Simon de Cyrène, dédiée à l'habitat social des personnes handicapées, autrefois présidée par l'aristocrate dont la vie transformée en fiction continue de faire chavirer le cœur des Français. Les bénéfices serviront à financer un habitat pour valides et handicapés.
Philippe Pozzo di Borgo a demandé à ce qu'un pourcentage des bénéfices réalisés par les producteurs du film phénomène, Intouchables, soit reversé à l'association Simon de Cyrène, dédiée à l'habitat social des personnes handicapées. 5%, soit cinq centimes par entrée : "Nous touchons environ 5 centimes par place car il faut déduire l'amortissement des coûts du film, la part du distributeur, des coproducteurs", selon Laurent de Cherisey, spécialiste de l'entreprenariat social qui pilote la structure depuis 2006. Le film vient de franchir la barre des dix millions d'entrée. L'association qui tient son nom de l'homme qui aide le Christ à porter sa croix au moment de la Passion s'apprête donc à décrocher un jackpot inespéré. Faites le calcul ! : 500 000 euros !, "dans un premier temps".
"Dans un premier temps", car le pactole pourrait bien doubler ou tripler en fonction de la trajectoire du film, notamment sur DVD. Cette somme inespérée servira à financer des communautés de logements sociaux
peuplées pour moitié de personnes handicapées, dont la vie a basculé à la suite d'un traumatisme crânien ou d'un accident cérébro-vasculaire,
et pour moitié de personnes valides (maîtresse de maison, assistants salariés et étudiants volontaires associatifs), conformément au message d'Intouchables prônant l'amitié au-delà des différences entre fauteuils roulants et bras vaillants.
Le premier habitat, centré sur le "vivre ensemble", conçu pour être au cœur de la Cité, a vu le jour début 2010, à Vanves. Ce projet ambitieux, composé de 70 studios individuels, a coûté 5 millions d'euros.
"Pour cet ensemble, nous avons pu mobiliser une mise initiale d'un million d'euros récoltée grâce à des mécènes. Le reste est issu de subventions publiques pour le logement social et d'un emprunt à la Caisse des dépôts".
"Nous espérons que le film va servir de déclencheur et créer un effet boule de neige. Notre but est d'investir 10 millions d'euros d'ici trois ou quatre ans et créer des communautés dans dix nouvelles villes", déclare Laurent de Cherisey,
qui imagine des maisons partagées à Angers, Rungis, Nantes, Dijon ou Bordeaux, sortant de terre grâce aux bénéfices du film Intouchables, voire la construction d'une structure de vacances et de répit à l'île de Ré.
Laurent de Cherisey a aussi vécu un drame : après un accident de voiture, sa sœur, alors âgée de 17 ans, est devenue gravement handicapée. Le dirigeant de l'association Simon de Cyrène rappelle que "chaque année en France, la vie de 10 000 personnes bascule dans le handicap à la suite d'un accident. Depuis les années 80, ces personnes survivent grâce aux progrès et au développement de la médecine d'urgence mais elles ne trouvent pas leur place dans une société qui exige que nous soyons toujours plus rentables, plus efficaces, plus performants.
C'est un paradoxe moderne : nous avons aujourd'hui les moyens de garder en vie des gens qui ne rentrent pas dans ce schéma et qui nous posent la question du sens de l'existence".
L'élan du cœur des spectateurs pour le film trouvera-t-il un écho hors des salles obscures alors que le Téléthon pourrait bien voir à nouveau ses dons baisser (l’édition de 2010 avait récolté 90 millions d’euros contre 95 millions en 2009), les Français subissant actuellement la crise économique et financière ? Mais bonne nouvelle pour le Téléthon : l’amendement destiné à réduire la déductibilité fiscale des dons aux associations et fondations a été retiré par son auteur, Gilles Carrez.. Il est donc toujours possible de déduire 66% du montant des dons effectués de son impôt sur le revenu, dans la limite de 20% du revenu imposable. En vertu de l'amendement "Coluche", le taux de réduction d'impôt monte même à 75% du don, dans la limite de 513 euros, pour les organismes d'aide aux personnes en difficulté. Espérons que Gad Elmaleh, 25ème parrain de l'émission annuelle de solidarité placée sous le signe du rire et de l'émotion, fera aussi bien qu'Omar Sy et François Cluzet !
Le logement social façon Intouchables
Source : AFP